Découvrez l’univers des goémoniers, les moissonneurs de la mer

Au pays des Abers

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Au pays des Abers, entre terre et mer, partez sur la trace des paysans goémoniers. Découvrez l'histoire toujours actuelle d'une ressource insoupçonnée : le goémon, l’or noir de la Bretagne.

La découverte des algues à l'écomusée de Plouguerneau

La rencontre débute avec Gwenole, de l’Écomusée de Plouguerneau. Une première question me vient à l’esprit : on ramassait du goémon, mais pour quoi faire ? Images et objets à l’appui, Gwenole nous renseigne sur les grands chapitres d’une histoire vibrante et vivante. « Séché et brûlé, il servait d’engrais pour les cultures. » Ã‰tonnée, je découvre un autre usage : « Avez-vous entendu parler de la teinture d’iode, ce puissant antiseptique découvert en 1811 ? » Napoléon surgit de mon livre d’histoire : «  Il a fait construire des usines en Bretagne pour extraire l’iode des laminaires ». J’ai le tournis : 25 tonnes de laminaires cueillies c’est au final 15 kg d’iode ! J’imagine le nombre de bras à ramasser ce gisement de la mer. « Peu à peu, les goémoniers ont investi les îles voisines ». Ils partaient pour six mois de moisson. « Début mars, ils embarquaient avec la charrette démontée et le cheval ! » Leur toit, une fois à terre ? Une coque de bateau retournée ! Incroyable aujourd’hui !

Des algues comestibles

Des algues comestibles

Et l’aventure continue. J’apprends avec surprise qu’une cinquantaine de goémoniers moissonne toujours dans les champs marins de laminaires ! Heureusement, la modernisation est passée par là. « Leur bateau est équipé d’un scoubidou hydraulique ». Et désormais, que fait-on du goémon ?  Le flan que je mange et mon dentifrice en contiennent. « Les alginates employés dans l’industrie agroalimentaire, en médecine et en cosmétologie sont extraits des laminaires ».  Je souris, le goémon donné hier aux vaches, bezhin saout, est aujourd’hui à la pointe de la modernité. La gastronomie en est friande. « Sur près de 700 espèces, une dizaine est comestible ». Un nom sonne à mon oreille, le lichen des mers ou pioka en breton : « Ma grand-mère l’utilisait comme gélifiant dans sa confiture », nous confie Gwenole. Un atelier de l’écomusée  me donne l’eau à la bouche : la cuisine aux algues. J’ai déjà des étoiles de mer sous la langue !

Pierre ? Mon goémonier de cœur !

Pierre, ancien goémonier

Non loin de l’écomusée, sur le port du Korejou, Pierre Merdy nous attend. « Goémonier ? Je l’étais avant de marcher. Ma mère m’a mis au monde dans un canot ». Comment ne pas voir les embruns de son regard quand il m’évoque « le bonheur de faire ce métier » ? L’œil bleu de mer et le verbe bretonnant, il me raconte les grandes marées de son enfance. Avec ses mots, je vois les familles qui moissonnaient le goémon à « la guillotine » et le séchaient sur les dunes. « C’était un travail tellement dur. Et pourtant, mon rêve était de le faire. J’ai eu cette chance ! » Fin des années 50, le goémon breton ne paie plus. Pierre devient marin. Pour un temps seulement, car « à 40 ans, j’ai acheté mon bateau pour travailler avec un scoubidou hydraulique ».

Récolte de mai à septembre

Le débarquement du goémon au port

Plus besoin de se casser le dos pour ramasser les algues. Le travail a bien changé et la production locale est toujours vivace. Pour s’en assurer, il suffit de se rendre au port de Lanildut en semaine. De mai à mi-septembre, à marée montante, nombre de goémoniers débarquent leur récolte du jour. Ce sont d’impressionnants tombereaux qui partent vers les usines bretonnes. Je me demande : le goémon serait-il l’or noir des Bretons ? « 80% de la production nationale vient de Bretagne, la moitié du Nord Finistère !».

Avec Joël, à Meneham, le village des goémoniers

Avec Joël à Meneham

En nous quittant, Gwenole nous invite à découvrir le Meneham, village des goémoniers. Le Meneham ? Un site naturel grandiose, terre de légendes, où je rencontre Joël, guide par passion ! Autrefois, « c’était un village, construit en 1833, où un poste de garde Vauban protégeait les côtes de l’envahisseur ». Curieux, nous déambulons entre les étonnantes maisons de pierre au toit de chaume ou d’ardoise. Surprise, je découvre cette fameuse maison de garde, au toit de pierre, incrustée dans le rocher. Un caméléon ! « Le corps des douaniers étaient à Kerlouan, village d’à côté » explique mon guide.  Et la grande bâtisse que nous voyons ? « C’était la caserne construite pour loger six familles. Puis, les gardes mutés sur le front de l’Est, les goémoniers sont venus s’installer ici ». Les maisons  ont été transformées en ateliers d’artisan et en gîte d‘étape de charme avec même des lits clos. Une  sympathique auberge propose un menu des « moissonneurs de la mer ». Nous poursuivons notre promenade, embrassant d’un regard un paysage saisissant.

Je repense à cette journée de rencontres. Je reste impressionnée par la volonté des hommes à vivre sur cette terre et par leur ingéniosité  à récolter et transformer le goémon, l’or noir de Bretagne.

Pour en savoir plus sur les algues

Le site de l'Algopole  : www.algopole.fr
Le site du Centre d'Etude et de Valorisation des Algues : www.ceva.fr/fr/ceva/domaines.html