Etienne Chouzier

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le son sans frontières
   Vannes

 

Avec sa polaire multicolore et ses cheveux en bataille, Étienne Chouzier attire le regard sans le chercher. À 36 ans, ce compositeur avance porté par le son plus que par les codes. Il entre au bagad de Vannes à huit ans, une cornemuse entre les mains, loin de se douter que cette association deviendrait le fil rouge de sa vie.

Vannes - Etienne Chouzier - Bagad de VannesVannes - Etienne Chouzier - Bagad de Vannes
©Vannes - Etienne Chouzier - Bagad de Vannes|Kathleen Junion

Une passion en partage

Samedi 13 décembre, après une longue pause, les musiciens se retrouvent pour la première réunion de la saison. Ils viennent de Rennes, Paris, Angers, Vannes bien sûr, et convergent dans l’ancienne école de la Rabine. Sur les visages, la joie des retrouvailles. Certains sont là depuis dix ans, malgré les études, la distance, ils arrivent toujours à bon port. A commencer par Etienne Chouzier.

 

Compositeur et musicien, il n’a pas grandi dans une tradition bretonne affirmée et ne parle pas breton, mais l’énergie et l’élan collectif l’ont happé très tôt ici. Arrivé à Séné, à l’âge de deux ans, il n’a pas été biberonné à cette musique par ses parents. « Mais ils étaient très impliqués dans la vie locale », précise-t-il. Le bagad de Vannes Melinerion, en référence aux meuniers du pays vannetais, lui ouvre une porte immense : celle de la musique sans frontières. La formation qui a fêté ses 70 ans en juillet 2025 s’affranchit de sa réputation classique, comme en témoigne la suite Trañs, empreinte de modernité, écrite par Étienne et saluée au dernier Festival interceltique de Lorient.

 

Au gré des rencontres

Son parcours, il le doit beaucoup « aux rencontres et à la chance ». En seconde, hésitant sur son avenir, Etienne consulte un conseiller d’orientation à Questembert. « Il m’a demandé ce que j’aimais faire, j’ai répondu que je jouais de la cornemuse. Il a décroché son téléphone pour m’inscrire en option musique au lycée Charles de Gaulle. C’est grâce à lui et à mes parents que j’en suis là aujourd’hui. »  S’ensuivent une licence de musique à Rennes, le conservatoire, puis un master à Lyon en musique appliquée aux arts visuels. Il y rencontre Antoine Duchêne, de formation classique, mais qui comme lui, se joue des frontières stylistiques. Ils fonderont plus tard le groupe Noon avec Ewen Couriaut, membre historique du bagad.

 

« C’est quand même un terrain d’expérimentation rare, un bagad, c’est un orchestre d’amateurs prêt à tenter l’inattendu. »

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Etienne Chouzier poursuit ensuite son chemin à Montréal pour un master en composition, puis s’installe à Paris. Les petits contrats, l’errance fertile… Pendant 4 ans, il explore la vie parisienne, tout en continuant d’écrire pour le bagad. « C’est quand même un terrain d’expérimentation rare, un bagad, c’est un orchestre d’amateurs prêt à tenter l’inattendu. »

 

Classique, électronique, traditionnel : Étienne ne choisit pas, il assemble. Certains le disent inclassable, jamais vraiment ancré. Lui voit ses formations comme des outils. Il compose, dirige le bagad depuis 2010, tout en laissant circuler les rôles et les idées. Quand son cerveau en ébullition sature, il part en mer.

Moniteur de voile, il trouve refuge sur l’Atlantique à bord de Skol Louarn qui signifie école buissonnière. Son EP, écrit au large et sorti en janvier 2026, porte d’ailleurs le même nom.

 

Aujourd’hui, sa musique gagne en assurance. « Les trois dernières suites jouées au festival interceltique de Lorient sont plus abouties, je sens que j’ai plus d’expérience, que j’ose plus. Mon ambition, c’est juste que ce soit stylé ! », s’amuse-t-il. Les projets s’enchaînent : spectacles, danse, théâtre avec la compagnie Safar, créations bretonnes et contemporaines en tant qu’artiste complice pour les Scènes du Golfe. Il accueille ce qui arrive avec une joie enfantine. Et chaque fois qu’il revient d’une longue traversée, il est heureux de retrouver le tumulte familier des festivals, des bars, du brouhaha breton. « C’est l’environnement sonore de la maison. »